Legend Grand Prix : le nouveau championnat monotype imaginé par Jean-Philippe Dayraut

Par RobinB le 30 décembre 2025
Circuit / Compétition
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Quand on regarde la carrière de Jean-Philippe Dayraut, on comprend vite que le Legend Grand Prix n’est pas un caprice de plus, mais la continuité logique d’un parcours entier tourné vers la course. Pilote, préparateur, créateur de championnats et de voitures, entrepreneur… il a mis les mains partout où il était possible de mêler sensations, mécanique et compétition. Son nouveau projet, le Legend Grand Prix, ressemble à une synthèse de tout ça : une monoplace au look de Formule 1 des années 70, un championnat monotype pensé pour les pilotes, des coûts d’exploitation maîtrisés et une dotation sportive de 100 000€ en fin de saison, dont les modalités restent à définir 😋

Mais avant de parler de la voiture et des budgets, il faut d'abord parler un peu de l'homme derrière ce projet 👇

Jean-Philippe Dayraut, un pilote touche-à-tout, titré partout où il passe

Né en 1970 à Toulouse, Jean-Philippe Dayraut baigne très tôt dans le sport auto, mais il ne commence pas directement par les voitures. Enfant, il brille d’abord en BMX, au point de devenir vice-champion de France au sein du Team Sunn de Max Commencal. Ensuite, il bascule sur quatre roues et sa progression est rapide : titre de champion de Formule France Junior en 1999, puis sacre en Championnat de France Supertourisme en 2001, avant de décrocher une couronne mondiale en course sur glace en 2003 et de s’imposer en Peugeot RC Cup en 2004 🏆

Mais c’est sur la glace que son nom marque vraiment les esprits. À partir de 2000, il s’installe dans le paysage du Trophée Andros, jusqu’à devenir “Monsieur Andros” avec pas moins de six titres conquis en 2009, 2010, 2011, puis 2013, 2014 et 2015. Sur ce championnat, il construit sa réputation de pilote agressif mais ultra précis.

Jean-Philippe Dayraut en 2015 sur le Trophée Andros

Parallèlement, Dayraut ne se cantonne pas à la glace. Il roule en GT, notamment en International GT Open et en Championnat de France FFSA GT, prend le départ des 24 Heures du Mans avec la FFSA et va même se frotter à la mythique montée de Pikes Peak, où il signe un podium avec un prototype carrossé façon Dacia Duster avant de revenir avec d’autres projets. C’est clairement le profil d’un pilote-préparateur : il comprend la voiture depuis le volant, mais aussi depuis le pont élévateur 👌

L’entrepreneur : Mitjet, simulateurs, Devinci, circuit d’Albi…

En parallèle de sa carrière de pilote, Jean-Philippe Dayraut a construit une véritable galaxie de projets autour du sport auto. Il crée et dirige VIP Challenge, structure qui organise des courses privées et surtout les séries Mitjet. Les Mitjet 2L et Mitjet Supertourisme s’exportent dans de nombreux pays : France, Espagne, Allemagne, Italie, Danemark, Russie, États-Unis… L’idée est toujours la même : une voiture relativement simple, typée course, un règlement monotype, et un championnat qui met le pilote au centre.

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Il développe également OTO Simulator, un simulateur de pilotage ultra réaliste réglé par ses soins, avec des circuits reproduits fidèlement et une large palette de voitures. Là aussi, on retrouve le même fil conducteur : rendre le pilotage “sérieux” accessible à plus de monde, que ce soit sur glace, sur circuit ou derrière un volant en réalité virtuelle.

En 2017, il lance un projet encore plus atypique : Devinci Cars. L’idée est de construire de petites barquettes électriques au look de Grand Prix des années 30, entièrement fabriquées à la main près de Toulouse. Les premières Devinci font sensation au Salon Rétromobile : châssis tubulaire, carrosserie inspirée des autos de l’entre-deux-guerres, détails soignés, matériaux nobles… Malgré une puissance limitée par la réglementation des quadricycles lourds, les modèles les plus exclusifs se vendent plusieurs centaines de milliers d’euros et toutes les voitures prévues la première année trouvent preneur. La marque subit ensuite de plein fouet la crise liée au Covid. Devinci est reprise par une nouvelle structure, DB Concept, sous la houlette de la holding Berlié Finance. Aujourd’hui, Jean-Philippe Dayraut reste responsable marketing et technique de Devinci Cars, assurant la continuité du projet et de la philosophie initiale, même après la reprise de la marque.

Jean-Philippe Dayraut posant devant une de ses voitures Devinci Cars

Il s’implique aussi dans la gestion du circuit d'Albi, aux côtés de Didier Sirgue, avec la volonté de développer de nouvelles activités mécaniques et événementielles sur place. En résumé, cela fait plus de vingt ans qu’il conçoit des voitures, des championnats, des simulateurs et des formats de courses. Le Legend Grand Prix, c’est une brique de plus dans ce puzzle : une auto radicale, un règlement monotype, un championnat clé en main 👍

Legend Grand Prix : un championnat de pilotes, inspiré des F1 des années 70

Avec le Legend Grand Prix, Jean-Philippe Dayraut ne cherche pas à lancer une coupe GT de plus. Son idée est de recréer l’univers des Grands Prix des années 60-70, mais avec une plateforme moderne en termes de fiabilité, de sécurité et de coûts. Le principe est simple : une seule voiture, la Dominica 01, identique pour tout le monde, une liberté totale sur les livrées et décorations, permettant à chaque pilote ou équipe d’affirmer son identité visuelle, mais très peu de liberté technique pour éviter la course à l’armement 💸

Le championnat est pensé comme un "drivers' championship" : pas de développement aérodynamique en soufflerie, pas de simulation d’usine, pas d'ingénieurs en batterie. On vient pour piloter une auto légère, puissante et spectaculaire, avec un V6 atmosphérique qui prend des tours, sur de vrais circuits, avec un format de courses courtes, nerveuses et répétées sur un week-end 💪

Essai de la monoplace Dominica 01 - Legend Grand Prix

L’autre axe fort du projet, c’est la dimension filière. Le Legend Grand Prix ne s’adresse pas seulement aux gentlemen qui veulent se faire plaisir : le championnat est structuré en quatre catégories, avec quatre classements et quatre podiums distincts :

  • une catégorie 16–18 ans,
  • une catégorie 19–49 ans,
  • une catégorie 50–99 ans,
  • et un classement pour les pilotes féminines.

En fin de saison, une enveloppe globale de 100 000 € de dotations, sous forme de remises sur pièces détachées et/ou de dispositifs sportifs encore à préciser, sera répartie entre ces différentes catégories.

La Dominica 01 : une “F1 rétro” de 700 kg, moteur V6 atmosphérique

Au centre du projet, on retrouve la Dominica 01, une barquette monotype qui ressemble plus à une F1 des années 70 qu’à une GT moderne. La silhouette est très typée : museau long et fin, cockpit ouvert, pontons étroits, dérives verticales, proportions ramassées. Visuellement, on est beaucoup plus proche d’une monoplace de Grand Prix seventies que d’une Mitjet ou d’une voiture de tourisme.

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Monoplace Dominica 01 - Legend Grand Prix

Techniquement, l'auto repose sur un châssis tubulaire et une conception pensée dès l’origine pour la course. Les Dominica 01 sont assemblées chez GCK Performance à Issoire, un acteur reconnu pour son expertise en ingénierie et en véhicules de compétition. La carrosserie en fibre de verre se démonte en plusieurs éléments pour faciliter les réparations après un contact. L’auto mesure environ 4,46 mètres de long pour 1,85 m de large, et surtout, le poids est contenu autour de 700 kg à vide. Pour une voiture de cette puissance, c’est très léger, ce qui promet un rapport poids/puissance bien plus proche de la monoplace que de la GT 🔥

Côté moteur, Dayraut a fait un choix très cohérent avec sa philosophie : un V6 atmosphérique de 3,3 litres issu de la grande série, retravaillé pour la course. La puissance maximale annoncée tourne autour de 320 chevaux, mais l’auto est exploitée en configuration 260 ou 300 chevaux pour préserver la fiabilité et limiter les coûts de révision. Le bloc prend 7 000 tr/min, ce qui garantit un vrai caractère mécanique, sans suralimentation, sans hybridation, sans électronique compliquée. On parle d'une vitesse de pointe d'environ 250 km/h. La boîte est une séquentielle SADEV à 6 rapports, commandée au volant, avec un différentiel autobloquant mécanique. Là encore, on est dans le pur esprit “voiture de course simple” : on garde du feeling, on supprime les aides 😋

Les trains roulants s’articulent autour de combinés Öhlins réglables, avec un éventail de réglages volontairement limité pour empêcher l’escalade technique. Le freinage est confié à des disques ventilés de 310 mm pincés par des étriers quatre pistons, dimensionnés pour offrir constance et endurance sur des courses sprint. Les roues de 18 pouces reçoivent des pneus larges, avec une monte plus généreuse à l’arrière, et le nombre de pneus utilisables par meeting est encadré pour éviter une explosion des budgets pneumatiques 🥵

Enfin, la partie sécurité repose sur l’arceau, le renfort de cockpit et un réservoir de 35 litres en cellule de sécurité. On n’est pas sur une F1 FIA moderne, mais on est très loin d’une barquette bricolée dans un garage : la voiture est conçue dès le départ pour encaisser une saison de course complète, avec des standards sérieux sur le plan structurel.

ℹ️ Sur le plan réglementaire, la Dominica 01 disposera d’un passeport technique de type coupe de marque, garantissant une base commune, un encadrement clair et une gestion simplifiée pour les teams comme pour les pilotes.

[Vidéo] Les premiers essais de la Dominica 01 au Val de Vienne (Montez le son ! 🥰)

Une saison Legend Grand Prix : beaucoup de roulage, un format sprint

Le Legend Grand Prix s’organise autour d’une Saison Sprint, disputée sur plusieurs circuits français ainsi que quelques tracés frontaliers, avec un format volontairement dense. Sur un meeting type, on ne vient pas juste pour “faire deux manches et rentrer à la maison” : en général, le programme se déroule sur deux jours (samedi / dimanche) avec 2 x 30 minutes d’essais libres pour prendre en main la voiture et le circuit, puis 2 x 15 minutes de qualification qui déterminent les grilles de départ ⏱️

Ensuite, on attaque le cœur du week-end : quatre courses sprint de 20 minutes chacune. Concrètement, ça veut dire quatre départs arrêtés, beaucoup de situations de course et un vrai volume de roulage par pilote. Pour garder le budget maîtrisé, il est possible de rouler seul ou à deux par voiture. Ceux qui partagent l’auto à deux marquent 100 % des points, tandis que les pilotes qui roulent seuls marquent 50 % des points, ce qui permet d’ajuster son engagement et son budget sans déséquilibrer le championnat.

Au final, on se retrouve avec un format très compact mais riche en temps de piste, pensé pour maximiser le rapport budget / temps de roulage, que ce soit pour un jeune en quête de kilomètres ou pour un gentleman driver qui veut vraiment profiter de son week-end 🥳

La monoplace Dominica 01 en piste !

En complément, le championnat propose une Saison Entrainement, qui regroupe plusieurs journées de roulage encadrées sur différents circuits. L’idée est de permettre aux pilotes de se familiariser avec la Dominica 01, de travailler leurs repères et leurs réglages sans la pression du chronomètre, soit en amont d’un engagement en championnat, soit comme programme à part entière pour ceux qui veulent surtout rouler, apprendre et progresser 📈

ℹ️ Il est également possible de découvrir la Dominica 01 lors de séances d’essais courtes. Des roulages de quelques tours sont proposés pour un budget d’environ 300 €, afin de permettre aux pilotes intéressés de se faire une première idée des sensations avant de s’engager.

Les voitures restent strictement identiques, les réglages sont encadrés (hauteur de la caisse, carrossage, pince, aileron avant et arrière, et setup amortisseurs), et l’essentiel du niveau de performance dépend du pilote et de sa capacité à exploiter un châssis léger, un moteur atmo et des pneus dont l’utilisation est strictement encadrée (12 pneus Yokohama Neova autorisés pour la saison, plus 4 pneus pluie).

L’ambiance visée est clairement celle d'un plateau de passionnés : des jeunes qui cherchent à se faire remarquer, des gentlemen qui veulent se faire plaisir dans une auto accessible et performante, et des teams qui peuvent gérer plusieurs monoplaces sans mobiliser une armée d’ingénieurs.

ℹ️ L'organisation du Legend Grand Prix évoque la possibilité d’une épreuve d’endurance en 2026, mais aucun championnat d’endurance n’est acté à ce stade. Selon les informations communiquées par la série, une course de 6 heures pourrait être organisée en novembre ou décembre 2026, sous réserve d’un intérêt suffisant des pilotes. Un sondage sera mené auprès des pilotes en juillet 2026 afin d’évaluer la demande et de décider si cette épreuve verra le jour. En l’état, il s’agit donc d’un projet à l’étude, distinct de la Saison Sprint et de la Saison Entraînement.

📅 Calendrier officiel Legend Grand Prix 2026

Pour sa saison 2026, le Legend Grand Prix propose un calendrier resserré mais prestigieux, mêlant circuits historiques, tracés techniques et destinations européennes. Cinq rendez-vous sont au programme, entre mai et novembre, avec une alternance entre festivals, Grands Prix et événements spéciaux.

  • 2–3 mai 2026 : Racing Festival – Circuit de Zolder (Belgique)
  • 20–21 juin 2026 : Charade Festival – Circuit de Charade (Puy-de-Dôme)
  • 18–20 septembre 2026 : GP de Lédenon – Circuit de Lédenon (Gard)
  • 9–11 octobre 2026 : Caterham – Circuit de Magny-Cours (Nièvre)
  • 30 octobre – 1er novembre 2026 : PNK – Circuit de Misano (Italie)

Quel budget pour rouler en Legend Grand Prix ? (achat, LOA, location et coûts d’exploitation)

L’un des points intéressants du Legend Grand Prix, c’est la transparence sur les budgets (voir ici sur le site officiel de la série).

La Dominica 01 est proposée à un prix de lancement autour de 65 000 € HT pour les premiers engagés. Pour ceux qui ne veulent pas mobiliser toute la somme d’un coup, une solution de LOA / financement est annoncée, de l’ordre de 22 000 € HT par an sur trois ans, ce qui permet de lisser le coût de l’auto sur la durée d’un programme en compétition. Si l’on compare à une GT4 ou à une F4 moderne, on reste sur un investissement initial très contenu pour une voiture de ce niveau de performance 👍

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Le châssis tubulaire de la Dominica 01

Le droit d’engagement au championnat (Saison Sprint) est annoncé à 14 900 € HT pour la saison. Pour ceux qui préfèrent rouler sans acheter, des formules de location sont prévues : un meeting complet (avec les quatre courses) est annoncé à 12 000 € HT selon la formule et les services inclus.

ℹ️ Ces tarifs peuvent être divisés par deux si vous partagez le volant avec un autre pilote.

Dayraut insiste aussi sur le coût des pièces détachées. La philosophie est de proposer des éléments de carrosserie, de trains roulants et de consommables à des tarifs “raisonnables”, pour que la moindre touchette en bagarre ne se transforme pas en catastrophe budgétaire. Un museau, un ponton ou un élément d’aéro ne sont pas facturés comme sur une GT d’usine ; les triangles et pièces de suspension sont dimensionnés et tarifés comme de la “consommation de course”, et les révisions moteur sont pensées sur des pas de temps compatibles avec un programme amateur ambitieux.

ℹ️ À titre d’exemple, un moteur V6 3.3 L neuf est annoncé autour de 9 500 € HT, tandis qu’un aileron arrière réglable se situe aux environs de 650 € HT. Des éléments de carrosserie comme un capot avant restent également sous la barre des 1 000 € HT, illustrant la volonté de limiter l’impact financier en cas de contact en course.

Un projet très “Dayraut” : radical, accessible (relativement) et cohérent

Sur le papier, le Legend Grand Prix ressemble à une synthèse assez fidèle de ce qu’est Jean-Philippe Dayraut. La voiture a une vraie personnalité visuelle, elle promet des sensations brutes avec un V6 atmo et un poids contenu, la technique est volontairement simple et maîtrisée, et les budgets – même s’ils restent conséquents – sont calibrés pour rester intéressants vis-à-vis du niveau de performance proposé.

Le positionnement est intéressant : plus exclusif et plus radical qu’une auto de tourisme de coupe monotype, plus simple et plus abordable qu’une monoplace F3 ou F4. Pour un gentleman driver, c’est l’occasion de rouler dans une “fausse F1 des seventies” avec un package moderne. Pour un jeune, c’est un moyen de se montrer, d’apprendre à gérer une voiture légère, sans aide, avec une vraie puissance 😋

Comme pour toutes les nouvelles séries, il restera à voir les grilles de départ réelles, la qualité du service aux teams et la stabilité des coûts dans le temps. Mais sur le fond, le projet est cohérent, très dans l’ADN de Dayraut : une formule claire, des chiffres assumés, une philosophie orientée pour les pilotes, et une façon très visuelle de remettre un peu de “Grand Prix à l’ancienne” dans les paddocks modernes. Affaire à suivre ! 🙂

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